Allocution à la soixante-cinquième session du Comité régional du Pacifique occidental Manille (Philippines), 13 octobre 2014

Dr Margaret Chan
Directeur général

Monsieur le Président, Excellences, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les représentants, Dr Shin, Mesdames et Messieurs

Le Directeur général vous adresse ses meilleurs vœux de succès pour cette session. Dr Chan consacre, à l’heure actuelle, tout son temps à la coordination de l’action mondiale menée pour faire face à ce qui constitue, sans nul doute, la plus grave crise de santé publique des temps modernes.

Je suis ici pour vous transmettre ses messages, dans les termes qui sont les siens.

Je commencerai ici.

On attend, à l’heure actuelle, du personnel de l’OMS qu’il s’exprime sur l’épidémie de virus Ebola qui ravage une partie de l’Afrique de l’Ouest. C’est donc ce que je vais faire.

Au cours de ma longue carrière en santé publique, notamment lorsqu’à Hong Kong, j’ai eu à gérer les épidémies de grippe H5N1 et de SRAS, puis plus tard à l’OMS, à faire face à la pandémie de grippe à virus H1N1, je n’ai jamais vu une crise sanitaire inspirer, jour après jour, un tel intérêt médiatique à l’échelle mondiale. Jamais n’ai-je vu une crise sanitaire susciter tant de peur et d’effroi, bien au-delà des pays touchés.

Jamais n’ai-je vu une situation sanitaire menacer jusqu’à la survie des sociétés et des gouvernements de pays déjà très pauvres. Jamais non plus n’ai-je vu une maladie infectieuse contribuer si fortement au risque de faillite des pouvoirs publics.

Tout cela s’est confirmé le 18 septembre lorsque le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies a, pour la première fois dans son histoire, convoqué d’urgence une session extraordinaire en vue de faire face à ce qui, d’une crise de santé publique est devenu une menace à la paix et à la sécurité internationales.

Je ne puis vous communiquer le nombre de nouveaux cas d’infection et de décès vu qu’il augmente de façon exponentielle dans les trois pays les plus touchés, la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone.

J’évoquerai néanmoins cette épidémie pour faire observer que certains messages et arguments clés qu’exprime l’OMS depuis des dizaines d’années, trouvent aujourd’hui une oreille attentive.

Premièrement, cette épidémie souligne les dangers que provoque le creusement des inégalités sociales et économiques dans le monde. Les riches bénéficient des meilleurs soins possibles. Les pauvres sont condamnés à mourir.

Deuxièmement, les rumeurs et la panique se propagent plus vite que le virus. Et cela coûte cher.

Le virus Ebola inspire une peur quasi-universelle. La peur aggrave fortement le désordre social et les pertes économiques, bien au-delà des zones touchées par l’épidémie.

La Banque mondiale estime à 90 % le taux de pertes économiques imputables, pendant une épidémie, à la réaction désordonnée et irrationnelle du public face au risque d’infection.

Troisièmement, lorsqu’un virus mortel et redoutable frappe de façon incontrôlée les plus démunis, le monde entier est en danger.

Nos sociétés du XXIe siècle sont interconnectées, interdépendantes et électroniquement reliées les unes aux autres comme jamais auparavant.

Quatrièmement, des décennies de négligence à l’égard des systèmes et services de santé essentiels signifient qu’un choc, tel qu’un événement météorologique extrême lié au changement climatique, un conflit armé ou une maladie hors de contrôle, peuvent mettre un pays fragile à genoux.

Autrement dit, cette épidémie montre combien un agent pathogène, parmi les plus mortels sur terre, peut exploiter la moindre faille d’une infrastructure sanitaire, qu’il s’agisse du nombre insuffisant de personnels de santé ou de la quasi-pénurie de services d’isolement et de soins intensifs dans une grande partie de l’Afrique subsaharienne.

Pendant une crise, il est impossible de renforcer ces systèmes. Au contraire, ils vont s’effondrer.

Les dysfonctionnements d’un système de santé ont pour effet de réduire considérablement la capacité de résistance du public face à l’éventail de chocs, toujours plus fréquents et plus puissants, que connaît le monde d’aujourd’hui.

Nous n’ignorons pas les taux de mortalité encore plus élevés liés à d’autres causes, qu’il s’agisse du paludisme et d’autres maladies infectieuses ou du manque de capacités disponibles pour garantir des accouchements sans danger.

Il y a néanmoins une chose dont l’OMS se réjouit.

Lorsque les présidents et les premiers ministres de pays non touchés font une déclaration sur le virus Ebola, ils attribuent, à juste titre, la propagation et la gravité sans précédent de cette épidémie au fait que « les infrastructures essentielles de santé publique n’ont pas été mises en place. »

Cinquièmement, le virus Ebola est apparu il y a près de 40 ans. Pourquoi les cliniciens ont-ils les mains vides, sans vaccin ni traitement à proposer ? Parce que le virus est resté confiné, sur le plan tant historique que géographique, aux pays pauvres d’Afrique.

L’incitation à la recherche-développement est pratiquement inexistante. Une industrie orientée vers le profit n’investit pas dans des produits destinés à des marchés qui n’ont pas de ressources financières suffisantes.

Nous essayons depuis de nombreuses années d’attirer l’attention sur ce problème, tout récemment dans le cadre des discussions du Groupe de travail consultatif d’experts sur le financement et la coordination de la recherche-développement.

Enfin, le monde n’est pas bien préparé à une situation d’urgence grave et de longue durée, qui menace la santé publique.

Certains d’entre vous auront peut-être déjà entendu cette déclaration, comme elle est l’une des principales conclusions du Comité d’examen du Règlement sanitaire international, qui s’est réuni pour évaluer l’action menée en réponse à la pandémie de grippe en 2009.

L’épidémie de maladie à virus Ebola prouve, sans l’ombre d’un doute, la justesse de cette conclusion.

Quelles leçons tirer de tout cela ? Nous nous sommes fondamentalement fixé les bonnes priorités, lesquelles jouissent aujourd’hui d’un grand retentissement et mobilisent un appui politique de haut niveau.

Elles soulignent combien l’OMS et ses bureaux régionaux ont eu raison de préconiser le renforcement des infrastructures sanitaires essentielles, aux fins de l’instauration de la couverture sanitaire universelle, et de reconnaître la nécessité de renforcer d’urgence les principales capacités requises aux termes du RSI.

Nous nous devons de poursuivre sur la voie que nous avons empruntée, et qui recueille désormais un large soutien, afin d’assurer à tous une santé meilleure et une plus forte capacité de résistance.

Je vous remercie.

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